Un petit aperçu de la beauté qui nous entoure

Un petit aperçu de la beauté qui nous entoure

Bande déssinée : LOUP

Dessins : Marc et Eric MORENO

Scénario : Amélie SARN

Louis, artiste en devenir, et sa sœur, Annelise, viennent de réchapper à un attentat. Si la jeune femme tente de guérir son traumatisme par les procédés traditionnels, lui se mure dans son appartement où il tourne en rond comme un fauve en cage. Cet événement a libéré chez lui des pulsions inconcevables pour toute personne saine de corps et d'esprit. Sa digue psychologique s'est fissurée, un flot de sensations et d'envies insoupçonnées l'assaillent. Plus ou moins conscient, il se laisse aller où sa nature animale le mène. Le sang appelle le sang. Rapidement, sa peinture torturée ne suffit plus à canaliser ce qui déborde, une longue descente est amorcée.

Les deux frères Moreno, le dessinateur et le coloriste, annoncent clairement que cette bande dessinée est directement issue de leur vécu : le 18 février 1991, ils étaient à la gare Victoria. C'est avec la romancière Amélie Sarn, Elle ne pleure pas elle chante, qu'ils ont travaillé sur ce récit qui touche à cette attirance chez l'humain pour ce qui relève du malsain. L'engouement pour des films comme Saw est là pour témoigner de l'aspect bien concret et dérangeant de ce sujet. L'attentat est l'élément fondateur d'une réflexion poussée sur cette tentation à emprunter le côté obscur, certaines planches étant en ce sens assez évocatrices. Relativement éloignée des lieux communs que sont le désir de vengeance ou la culpabilité d'être sorti indemne, la réaction de Louis laisse cependant perplexe car elle se rapporte plus à une certaine folie qu'à une réaction froide. Dès lors, la réflexion menée sur cette explosion de violence et sa gratuité pourra paraître quelque peu en décalage avec sa cause. Même si c'est discutable, elle aurait sans doute trouvé des bases plus solides et donc recevables à travers l'histoire de Seselj, son alter ego dans le monde des loups.

L'ensemble joue sur la perception des différents protagonistes, exprimée en paroles ou en pensées, ce qui permet d'aborder différents terrains et offre par instants une construction particulièrement intéressante. Néanmoins, cela a aussi pour effet d'agir comme une soupape et de sortir le lecteur du processus développé par l'esprit de Louis. Etait-ce le bon choix, n'aurait-il pas été encore plus intense de s'y perdre jusqu'à la suffocation ?

Le dessin est porté par une mise en couleur qui oscille de manière exclusive entre les tons délavés rouges et gris et atteint ainsi l'effet escompté d'une plongée dans le sordide. L'amateur appréciera. Le souci du détail dans les décors constitue un plus substantiel, mais il n'est rien par rapport au tour de force de Marc Moreno qui nous livre case après case un visage de Louis inexpressif au possible et par là même impénétrable.

Loup est un album indéniablement fort. Cependant, l'approche que chacun en aura sera très personnelle pour ce qui est d'admettre comme possible la démarche de cet homme en pleine tourmente.

 

Un réel coup de coeur pour cette histoire très tourmentée mais si bien illustrée dans les rues de Bordeaux



01/06/2008
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