ALELA DIANE
ALELA DIANE
Depuis peu de temps, la sulfureuse Amy Winehouse, sa voix de black étonnamment burinée et son single Rehab font les beaux jours des radios françaises et remettent la soul école Motown (ou Stax, au choix) au goût du jour à coups de « no no nooo » rondelets. Maintenant que le terrain est préparé, il est donc temps de découvrir la plus discrète Alela Diane, dont l'émouvant deuxième album, paru à quelques exemplaires avant d'être réédité par Holocene Music l'an passé, gagne enfin la France via Fargo.
Woh oh oh raise'em up in the air

Alela DianeÉtablissons toutefois que, en dépit d'une ressemblance vocale et d'accents soul et gospel (le titre de l'album est assez clair à ce sujet), The Pirate's Gospel barbote dans un registre assez lointain du Back in Black de la tatouée préférée des journaux à scandale. Ici, point de cuivres lustrés ni de producteur bankable à la Mark Ronson. Au contraire, c'est le dénuement qui caractérise ce disque acoustique jusqu'à la moelle, où la voix charbonneuse d'Alela porte en elle une présence et une fragilité à vous changer un clown en un maniaco-dépressif, tandis que la famille se relaie aux postes annexes : le papa à la production, un cousin de huit ans aux choeurs... Il en est d'ailleurs souvent question, de la famille, sur ce disque campagnard et un rien nostalgique, qu'on croirait exhumé d'une cabane délabrée, les craquements lo-fi en moins. Ce qui n'empêche pas la jeune femme de 23 ans de broder treize chansons variées et d'inoculer par endroit un groove hypnotique sans chercher à en mettre plein la vue, comme sur le titre éponyme, dont les clappements, le banjo joué devant la cheminée, les « hum hum » et autres « yo oh oh ooooh » collectifs hantent fermement.

Alela DianePuissant ou confident, l'organe d'Alela est évidemment pour beaucoup dans la transcendance d'une architecture aussi squelettique. Pour le remarquer, il suffit de l'entendre lancer ses « click click » humides et faussement assoupis lors de Clickity Clack, de sentir ses poils se mettre au garde à vous sur le bouleversant Oh! My Mama, lorsque les cordes vocales d'Alela prennent l'ascenseur le temps d'une chanson d'une beauté insondable. Contrairement à The Innocence Mission, chez qui l'absence d'artifices entraînait une certaine linéarité, The Pirate's Gospel n'oublie pas les aspérités en cours de route : les « Jesus » murmurés et entrelacés de Tired Feet, le refrain doublé par un timbre enfantin du terrible The Rifle (et son storytelling métaphorique et suggestif), les sifflements spectraux de Foreign Tongue, modèle de tranquillité et d'humilité musicale, la mandoline qui grelotte dans le lointain sur Can You Blame the Sky?, la chorale de gamins mi-maladroite mi-gracieuse de Pieces of String (qui ne signifie pas morceaux de string), le « riff » brumeux et les « ooooh » crépusculaires de Pigeon Song, la dernière éruption d'énergie du loquace Gipsy Eyes, ou encore les atours de comptine de Something's Gone Awry, jolie anomalie d'une collection de compositions campées avec une égale sensibilité.
Fragment d'une Amérique authentique, magnifiquement rétro sans être ringard, The Pirate's Gospel pourrait, de prime abord, ne pas suffire à distinguer Alela Diane de ses pairs songwriters. Malgré cette crainte que l'on souhaite infondée, cet opus est aussi traditionnel qu'attachant, aussi rustique que pétri d'humanité.
Alela Diane – The Pirate's Gospel
01. Tired Feet
02. The Rifle
03. The Pirate's Gospel
04. Foreign Tongue
05. Can You Blame the Sky?
06. Something's Gone Awry
07. Pieces of String
08. Clickity Clack
09. Sister Self
10. Pigeon Song
11. Oh! My Mama
12. Heavy Walls
13. Gipsy Eyes
http://fr.youtube.com/watch?v=fiA2Ufldxd8
Article ajouté le 2008-03-08 , consulté 2 foisCommentaires
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