Un petit aperçu de la beauté qui nous entoure

Un petit aperçu de la beauté qui nous entoure

L'agonie du marais poitevin

 

 

LA TRISTE AGONIE DU MARAIS POITEVIN

SUD-OUEST 10/04/2008 

 

Le samedi 29 mars ils étaient plus de 4000 à manifester leur colère entre Damvix et Arçais, au cœur du Marais mouillé des Deux-Sèvres. Dans le sillage de Ségolène Royal et de Jac­ques Auxiette, les présidents PS des Régions Poitou-Charentes et Pays de la Loire, des maires, des habitants du marais, des chasseurs, des pêcheurs, des éleveurs et même quelques agriculteurs étaient venus marcher le long des canaux maraîchins et des haies de frênes têtards pour protester contre le refus du gouvernement de relabelliser le Marais poitevin en Parc naturel régional.

Un nouveau coup d’arrêt dans l’interminable feuilleton commencé en 1979, l’année où il fut décidé de créer un Parc naturel régional sur cette zone à cheval sur sur les départements de Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de Vendée s’étendant de Niort à la baie de l’Aiguillon et de la plaine de Vendée aux coteaux de l’Aunis. L’objectif était de préserver un territoire d’une qualité exceptionnelle pour la biodiversité et l’avifaune migratrice en raison de ses immenses terres humides gagnées par l'homme sur l'Océan. Un beau projet qui, hélas, fat aussitôt suivi par le lancement du schéma d'amé­nagement des marais de l'Ouest. D'un côté, l'État disait vouloir protéger ces précieux espaces, de l'autre il finançait leur destruction. Ainsi, en quelques années, 33 000 hectares de prairies humi­des, soit un tiers de la superficie totale, furent retournés, asséchés, drainés puis irrigués (!), pour être transformés en champs de céréa­les. Un vrai carnage, qui décida la Coordination de défense du Marais poitevin à porter plainte auprès de la Cour de justice européenne pour non-respect de la directive Oiseaux, puisque de nombreuses espèces perdaient un site de très haute importance sur la route des migra­tions.

Fragilité juridique. Devant ce dé­sastre, Brice Lalonde décida en 1991 de suspendre le label de Parc, et un nouveau projet, pré­senté en 1999, fut refusé par le Conseil national de la protection de la nature (CNPN). Trois ans plus tard, la France était con­damnée par l'Europe à une as­treinte quotidienne de 150 000 euros pouvant devenir effective si une solution accep­table n'était pas trouvée.

En 2008, après avoir remis en herbe quelques centaines d'hecta­res et essayé de freiner la soif inex­tinguible des céréaliers, la formule miracle reste toujours à découvrir. Pour preuve, la dernière tentative de récupération du label de Parc naturel régional, à l'initiative de Ségolène Royal, élue présidente du Syndicat mixte en 2004, vient d'être retoquée par Jean-Louis Borloo, qui l'estimait d'une extrême fragilité juridique. La demande de charte passait par la reconquête de 10 000 hectares de prairies humi­des, une gestion cohérente de l'eau, et elle était soutenue par une large majorité de communes des Deux-Sèvres et de Charente-Maritime, ainsi que certaines collectivités ter­ritoriales.

« II ne s'agit pas d'un veto minis­tériel mais d'un simple courrier interne adressé au préfet coordonnateur pour lui demander de trou­ver un consensus plus solide », pré­cise Yves Le Quellec, un des leaders de la Coordination de défense du Marais poitevin. «Mais ce docu­ment a curieusement "fuité" du ministère vers le Conseil général de Vendée. Ce qui a permis à Philippe de Villiers, soutien inconditionnel du lobby céréalier, d'organiser aus­sitôt une conférence de presse pour annoncer que la charte était rejetée. »

« Nous expliquons cette manœu­vre par le fait que François Fillon, qui avait perdu la Région Pays de la Loire en 2004, ne peut rien refu­ser à Villiers avant les régionales de 2010, glisse Yves Le Quellec. Si l'État ne prend pas rapidement ses responsabilités et si la charte est encore remise en chantier, le Marais poitevin sera cette fois définitive­ment sacrifié à l'agriculture productiviste. On connaît la conception dé parc selon Philippe de Villiers. Nous laissons quelques petites mares aux écolos pour qu'ils s'amu­sent avec les oiseaux, quelques canaux pour promener les touris­tes, et pendant ce temps nous tra­vaillons pour nourrir le monde. Pas question de développement durable sur l'ensemble d'un territoire. » Yann Hélary, le président du Parc devenu faute de mieux interrégio­nal, dénonce aussi l'enterrement d'un projet au seul profit « du lobby des irrigants vendéens ». Pour lui, la solution de la dernière chance est que « le gouvernement décrète une loi fixant autoritaire­ment les règles, comme en Camar­gue ». Jean-Louis Borloo, piégé, dit-on, par la manœuvre politicienne, ne serait pas hostile à cette solution, mais n'est-il pas trop tard pour sau­ver le Marais poitevin ?

Si l'on excepte le triangle Couion, Arçais, Damvix, dans les Deux-Sèvres, où les barques défilent sur les derniers canaux de la carte postale, on s'aperçoit que les deux tiers de la zone dévolue au Parc sont déjà occupés par les cultures, et ce n'est pas la hausse vertigineuse du cours des céréales qui va arranger la situation. « C'est évident », recon­naît Boris Sallaud, le directeur du Parc. « En Vendée, la Cavac, un organisme agricole, fait signer des contrats garantissant aux agricul­teurs 400 euros la tonne de blé dur pour la prochaine récolte. Com­ment lutter et expliquer qu'il faut faire des prairies ? Certains disent que nous sommes des rêveurs qui avons des caprices de riches et que le marais n'est plus qu'un centre de production céréalière. C'est faux, nous nous battons pour la défense d'un patrimoine dont nous sommes la dernière digue. »

 

Pourtant, les derniers éleveurs du marais achèvent de perdre leurs illusions. «Au moment où l'on annonce des profits record pour les céréaliers, il n'y a plus un sou à nous donner pour résister à la ten­tation de retourner nos prairies», avoue Michel Priouzeau, éleveur de chèvres à Champagne (85). « II faut vraiment aimer le marais et être têtu comme moi pour résister et refuser d'admettre que c'est déjà foutu. Les rares canards que je vois arriver de la baie de l'Aiguillon n'ont plus une flaque pour se poser. »

Moins d'oiseaux. Il y a une tren­taine d'années, ils étaient des di­zaines de milliers à quitter la mer chaque nuit d'hiver pour venir se dessaler et manger dans les zones humides. Emmanuel Joyeux, de l'ONCFS, et Frédéric Corre, de la LPO, qui veillent sur les 5 000 hectares de la réserve naturelle de la baie de l'Ai­guillon, confirment la chute des effectifs. «Dans les années 80, nous étions presque au niveau de la Camargue avec 80 000 ca­nards de surface, sarcelles, sou-chets, pilets et autres siffleurs en hivernage. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 20 000. Même si l'hôtel est bon, cela ne marche pas sans un bon restaurant à côté», soupirent-ils.

Heureusement, plus de 60 000 limicoles et 14 000 tadornes de Belon assurent encore le spec­tacle sur les vasières et les mares. Alors, les plus pessimistes se con­solent en se disant que l'État fran­çais sera au moins condamné à res­pecter les règles des directives Oiseaux et Habitats sur les quelque 6 800 hectares classés Natura 2000 . parmi les 100 000 qui faisaient à l'origine du beau Marais poitevin la deuxième zone humide fran­çaise, après la Camargue.

 

 

 

http://marais-poitevin.org/html/AVENIR.htm

 

http://www.poitou-charentes.fr/fr/environnement/patrimoine-naturel/index2.dml

 

http://baudetdupoitou.online.fr/memoire/parc.htm

 

 

 



10/04/2008
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